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En partant de la plage de la Verrerie, si l’on crapahute comme il faut par la grotte Rolland, on est en moins d’une heure au sommet de Marseilleveyre (433 mètres), d’où l’on peut, appuyé contre la croix, apprécier le spectacle immobile de la plaine urbaine et de la plaine marine qui se font face de chaque côté d’un chaos de caillasses et d’éboulis. En redescendant par le col des Chèvres, puis par le pas de Gracia, on dévale ensuite jusqu’aux Goudes par un canyon escarpé qui se donne un faux air de Rocheuses. L’écrivain Alain Dugrand (5) a raison de dire qu'à Marseille, « il y a autant d’espace qu’en Amérique».

À l’époque où les parois de la grotte Cosquer (6) ont été peintes pour la première fois, il y a environ vingt-sept mille ans, la mer était 200 mètres plus bas. Mais, depuis la dernière grande fonte glaciaire, la Méditerranée découpe toute cette rocaille à une altitude que le marégraphe, près de la villa Valmer, appelle «zéro», et qui donne à la baie de Marseille sa forme de 3. À la pointe médiane du 3, la pointe de Malmousque, où l’institut des sciences de l’univers, les baigneurs, les légionnaires en congé, le café des Flots Bleus et le visage immense de Zinedine Zidane font face à l’archipel du Frioul, qui trône au centre de la baie.

La Camargue attire les naturalistes du monde entier ; les fonds sous-marins de Marseille attirent un grand nombre de plongeurs; la grotte Cosquer est l’un des hauts lieux de la préhistoire dans le monde; les ressources universitaires de Marseille sont quasi exclusivement scientifiques; le pionnier de la descente en apnée Jacques Mayol, qui a consacré sa vie au monde naturel et a médité de façon exemplaire la signification de notre animalité (7), a fait ses premiers plongeons aux Goudes. Peut-être qu'avant d’insister sur son identité ou sa culture, Marseille gagnerait à se présenter comme un lieu dans l’espace, d’autant plus qu’elle aurait de quoi être la capitale française des sciences naturelles. Contrairement à Gênes, Barcelone, Monaco ou Cherbourg, Marseille ne possède pourtant pas d’aquarium. Quant à la station marine d’Endoume, qui accueillait en bord de mer, en plein centre-ville, l’un des quatre observatoires français des sciences de l’univers, elle est en train d’être abandonnée (8). Sur la Canebière, l’Agora des sciences témoigne encore de la place éminente des sciences naturelles dans la ville depuis Pythéas qui, au IVe siècle av. J.-C., avait déterminé avec précision les coordonnées de la ville

À la latitude 43°15’N, longitude 5°23’E, tournée vers le soleil couchant, une petite anfractuosité du golfe du Lion tâche en vain de
se protéger de la grandeur et de la violence du monde.

<suite de l'introduction>

 

 

Notes :

5. Entretien avec Alain Dugrand, auteur du roman La Baie des singes (Paris, Grasset, 1996) et de la biographie de Conrad, L’étrange bienfaiteur (Paris, Fayard, 2003).

6. Accessible aujourd’hui par un conduit qui se situe à environ 40 mètres de fond, au niveau de la calanque de Morgiou.

7. Cf. Jacques Mayol, Homo delphinus, Paris, Glénat, 1986.

8. Cf. David Romano, Histoire de la station marine d’Endoume et du Centre d’océanologie de Marseille de l’origine (1869) à nos jours, mémoire de maîtrise réalisé sous la direction du professeur G. Chastagneret et soutenu en 1996 dans le département d’histoire de l’université Aix-Marseille-I. Ce texte est disponible dans une version raccourcie sur le site du Centre d’océanologie de Marseille: http://com.univ-mrs.fr/histoire/menu.html. L’association des amis de la station marine d’Endoume (Amadou) tient une information sélective et complète à la disposition du public sur le site http://amadou.sme.free.fr.


 

 

 

 

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