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VAROUJAN ARZOUMANIAN
"Avant, j’allais au stade. Je n’y vais plus que très rarement. Ils nous l’ont massacré, le stade. Il n’y a plus d’équipe: cette alchimie qui dépasse les simples joueurs qui la composent quels que soient leurs talents cumulés. Dans la vie, on se souvient tellement fort de quelques concerts ou de quelques matchs. Je me souviens de Richter, quelques années avant sa disparition, jouant trois sonates de Haydn les yeux rivés sur la partition à la lumière de deux bougies. Je me souviens de Milford Graves, ce batteur surnaturel aux trop rares apparitions. Je me souviens aussi de Roger Magnusson, qui jouait à l’OM dans les années 1970. Depuis Roger Magnusson, je n’ai rien vu de plus beau sur un terrain de foot. C’était de l’ordre de la chorégraphie, de la danse... Il avait la fulgurance d’un joueur d’échecs. Il faudrait faire des DVD intelligents sur ces grands personnages qui dépassent le simple domaine de leur discipline. Aujourd’hui, il y a moins de «gestes» sur un terrain, même si le niveau technique moyen est en progression. Il y a trop d’enjeux, d’implications capitalistiques dont on mourra tous. Je ne porte pas une admiration particulière à Zidane – dire ça, c’est politiquement incorrect, je le sais. J’ai vu des choses tellement plus belles (et plus efficaces) sur un terrain de foot, et qui ont contribué à faire évoluer le jeu: on ne joue pas le même football avant et après Johann Cruijff. Un numéro 14 qui bouleverse un jeu à 11. De toute façon, le foot a échappé au peuple qui l’a fait. Par exemple, on voulait concevoir un livre sur l’OM – un livre décalé bien sûr par rapport à l’imagerie habituelle des livres sur le foot. Mais l’OM, c’est maintenant une marque, dirigée par des gens qu’on pourrait qualifier d’« infréquentables »; ça rend les choses impossibles. On avait pensé à faire quelque chose avec Cantona (qui a toujours un truc à dire) et aussi avec Lio (qui me fascine). [Rires.] Un livre sur la bande à Baader aussi. Ce sont des fantasmes, des envies, qui ne se réaliseront peut-être jamais."
(c) Extrait de l'ouvrage "Marseille, énergies et frustrations", éditions Autrement, mai 2006 |