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RÉMI DUTHOIT
"Marseille me donne plein d’idées parce qu’elle est pleine de mouvements. C’est une ville qui m’intrigue, que je ne comprends pas. Elle m’apporte de l’énergie, un espace de liberté, une nouvelle page. Je commence à m’y faire des racines. À l’origine, j’ai été séduit par un certain laisser-aller. La ville ne cherche pas à mettre en avant une image flatteuse. C’est comme au Père-Lachaise, les plantes se sont évadées, il y a une ambiance buissonnière. Marseille n’est pas vraiment gérée comme une ville. Dans le centre-ville, j’ai vu de la mort-aux-rats qui avait germé! Mais c’est vrai que ce laisser-aller commence à se révéler problématique, peut-être est-ce lié au fait d’avoir des enfants, au fait que se pose alors la question de ce qu’on leur laisse. Par exemple, l’eau, courante qu’on laisse couler dans les caniveaux vingt-quatre heures d’affilée. Marseille, une ville en mutation?.. Soit elle arrive à valoriser ses espaces publics, soit c’est la catastrophe. Il me semble qu’on n’est pas loin d’un point de non-retour: c’est changer ou mourir. Il faut absolument changer dans la pratique de la ville, dans la gestion. À cette condition-là, Marseille pourra ressembler à quelque chose dans les dix ou quinze ans qui viennent. Pour l’instant, je vois une ville qui n’est capable d’aucune prise de risque, finalement très conservatrice dès qu’on gratte un peu. Alphonse Alt dit que Marseille est une ville parfaite pour réfléchir à plein de projets, mais qu’il faut aller les faire ailleurs. Mais pour le moment, je reste. Je reste pour savoir comment ça va tourner – et pour être de la partie."
(c) Extrait de l'ouvrage "Marseille, énergies et frustrations", éditions Autrement, mai 2006 |