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(c) Geoffroy Mathieu

NOUREDDINE ABOUAKIL
militant, "Centre-ville pour tous"

 

"On était en février 1999. Il faisait très froid. Les personnes qui avaient reçu cette lettreétaient très âgées. C’étaient des gens qui avaient une soixantaine d’années, mais qui paraissaient bien dix ans de plus. Ils avaient d’ailleurs travaillé dans le bâtiment ou les travaux publics. Le motif de la demande d’expulsion était : «Je veux faire des travaux.»

L’initiative était en lien avec le PRI, un dispositif destiné à attirer les investisseurs dans l’achat et la réfection des centres anciens, qui peut aussi être instrumentalisé pour de la requalification et éventuellement aussi du « remodelage sociologique».

Dans l’immeuble, il y avait vingt-cinq personnes. C’était un immeuble de cinq étages, avec trois chambres par étage, et trois ou quatre lits par chambre. Pas de douche, deux toilettes sur le palier pour tout l’immeuble, et aucun service d’entretien. Sur le toit, quelques caisses à eau non potable – pour boire, il faut acheter des bouteilles d’eau. Pas de gaz, pas de chauffage. Tarif : 100 euros par personne; c’est le lit qui est loué, pas l’espace.

Les personnes concernées étaient des gens qui auraient pu être mon père ou mon oncle, ça m’a drôlement touché sur le plan humain. Comme un bateau plein de clandestins qui chavirent, ces gens ne savaient pas où aller."

 

(c) Extrait de l'ouvrage "Marseille, énergies et frustrations", éditions Autrement, mai 2006

 

           

 

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