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MICHEL PÉRALDI
"Je continue de penser aujourd’hui qu’il était possible, dans les années 1990, d’imaginer un projet de développement urbain sur la base de ce commerce qui était à la fois dynamique, puissant et ramifié. Il y avait par exemple tout un district de la voiture d’occasion de Pelletan jusqu’aux Abattoirs. Ça regorgeait de compétences; pour ne citer qu’un exemple anecdotique, le fait de savoir mettre trois pneus en un pour le rangement dans les containers. Il y avait là un foyer de développement possible qu’il fallait juste traiter en tant que tel. Il fallait monter des formations, des universités. Ce qu’ils ont fait à Istanbul, Alicante ou Bizerte. Je crois que nous aurions été capables d’organiser un espace public de discussion entre urbanistes, commerçants riches et pauvres, nomades et sédentaires. Nous l’avions fait dans les cités, nous aurions pu le faire ici. Les pouvoirs publics voulaient créer une grande galerie marchande; nous, on a proposé l’intervention des mecs qui étaient déjà là. Ça a débouché sur un échec; après nous avoir baladés pendant six mois, Euroméditerranée a dit non. Finalement, ils vont créer, je crois, une piscine. Non seulement c’est un rendez-vous raté, mais je considère aujourd’hui que c’est une marginalisation et une mise au ban volontaires, voulues par des politiques. Je l’ai compris tout récemment, et j’en ai acquis la conviction en rencontrant, pour le livre Gouverner Marseille, un ancien président de la chambre de commerce et d’industrie, qui nous a dit que, dans les années 1980, le petit capital local était très actif sur Belsunce et qu’il fallait l’arrêter. Et l’une des actions fondatrices de cette déclaration de guerre contre Belsunce, c’est Euroméditerranée."
(c) Extrait de l'ouvrage "Marseille, énergies et frustrations", éditions Autrement, mai 2006 |