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(c) Geoffroy Mathieu

AKHÉNATON
rappeur, producteur, La Cosca

 

"L’islam est au centre de mon travail, et il est aussi au centre de ma personne. Je me suis construit autour de ça, mais pas autour de l’«islam TF1». Le problème, c’est que, la plupart du temps, même des gens éduqués ne font pas la démarche d’aller vers. Même les magazines féminins – pourtant plus intelligents que les autres – abordent l’islam d’une façon qui me dérange: même quand ils n’en disent pas de mal, tu sens tout de suite que le journaliste n’a jamais fait l’effort de lire le Coran, ni même d’aller vers des gens qui auraient pu lui expliquer des choses.

Je n’aime pas trop faire de prosélytisme, mais quand quelque chose est beau, il faut le partager. Nous sommes des animaux qui vivons en société. Il y a tellement de belles choses dans la culture arabe et dans la religion musulmane. Dans la présentation qu’on fait de l’islam à la télévision, ces belles choses, je ne les retrouve pas. Le déclic qui m’a amené à la conversion, je l’ai eu en allant au Maroc et en Tunisie. Et j’ai aussi beaucoup lu. Quand je pense au monde arabo-musulman, je pense d’abord à des messieurs et des madames Tout-le-Monde qui te reçoivent chez eux. L’Afghanistan, par exemple, était le pays le plus accueillant du monde, avant que deux générations ne connaissent que la guerre. Tu n’as qu’à aller dans n’importe quelle agence de trekking: ils te vanteront, outre la beauté du paysage, la bonté de ces gens. Ils te tiraient par la manche pour que tu viennes chez eux. Et ça, c’est la tradition perse, mêlée à la tradition musulmane.

Il est bien connu qu’en Palestine, au début du siècle, les chrétiens vivaient au milieu des musulmans. Et ça continue aujourd’hui au Liban. Les Juifs, dans le monde arabe, on les appelait les dhimmis: ça veut dire «les protégés». Protégés parce que gens du Livre. Et puis la langue arabe est complexe et subtile. La traduction est donc déterminante – à la limite, c’est presque «à chacun sa traduction », et à chacun son islam. Moi, ma traduction est souple, tolérante, illuminée. D’ailleurs, dans l’histoire de l’islam, les traductions rigoureuses sont beaucoup plus tardives: elles datent du XIVe siècle, c’est-à-dire sept siècles après l’hégire..."

 

(c) Extrait de l'ouvrage "Marseille, énergies et frustrations", éditions Autrement, mai 2006

 

           

 

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